À quelques heures du choc Pays-Bas – Maroc en seizièmes de finale du Mondial 2026, une vieille polémique refait surface. En mars dernier, Rafael van der Vaart avait lâché une pique cinglante : selon l’ancien milieu du Real Madrid, seuls les joueurs « pas assez bons » pour la sélection néerlandaise finissaient par opter pour les Lions de l’Atlas. Aujourd’hui, cette vision mérite d’être sérieusement remise en question.
Une histoire migratoire qui a façonné deux footballs
Le lien entre les Pays-Bas et le Maroc dépasse largement le cadre du football. Plus de 400 000 personnes d’origine marocaine vivent aux Pays-Bas, héritières des grandes vagues d’immigration ouvrière des années 1960. De cette communauté est née une génération de talents au cœur d’un choix identitaire fort : le Croissant ou les Oranje ?
Pendant longtemps, la réponse semblait aller de soi. Des noms comme Khalid Boulahrouz ou Ibrahim Afellay avaient choisi les Pays-Bas, à une époque où le Maroc traversait une longue période d’instabilité sportive. Les Lions de l’Atlas faisaient figure de sélection de cœur, mais rarement de projet ambitieux.
Le tournant Ziyech, puis Mazraoui
Tout a changé avec Hakim Ziyech. Peu de gens savent que l’ancien meneur de l’Ajax était tout proche de débuter avec les Pays-Bas en 2014, avant qu’une blessure ne chambule les plans de Guus Hiddink. Un an plus tard, il choisissait définitivement le Maroc — une décision qui allait transformer l’image des Lions de l’Atlas aux yeux de toute une génération.
Noussair Mazraoui a confirmé ce changement de cap. Né et formé aux Pays-Bas, il a tout de même rencontré Ronald Koeman « par respect », avant que le sélectionneur ne comprenne très vite que son choix était irrévocable. « Au bout de cinq minutes, il m’a dit : ‘Tu sais déjà ce que tu vas faire, n’est-ce pas ?’ Je lui ai répondu : ‘Oui’. Il l’a vu dans mes yeux : le Maroc est là », a confié le latéral.
Le Maroc séduit, mais ne gagne pas encore tout
Pour autant, affirmer que le rapport de force a totalement basculé serait aller trop vite. Oui, Brahim Diaz, Chemsdine Talbi ou Rayane Bounida ont rejoint les Lions de l’Atlas. Des joueurs formés aux Pays-Bas comme Anass Salah-Eddine, Couhaib Driouech ou Mohamed Ihattaren ont également fini par opter pour le Maroc — parfois après avoir vu leurs perspectives se réduire sous le maillot orange.
La Fédération Royale Marocaine de Football travaille activement sur ce dossier depuis quelques années. Les résultats sont visibles : Ayoub Ouarghi, Oualid Agougil, Benjamin Khaderi ou encore Abdellah Ouazane, élu meilleur joueur de la CAN U17 2025, ont tous choisi les couleurs nationales.
Demain, le Maroc en position de force ?
Le débat lancé par Van der Vaart trouve ce soir une résonance particulière sur le terrain. Si les Lions de l’Atlas ont largement réduit l’écart avec leurs voisins du nord, l’histoire des binationaux néerlando-marocains est loin d’être écrite. Ce qui est certain, c’est que le Maroc n’est plus le choix par défaut — il est devenu, pour beaucoup, le choix du cœur et de l’ambition.

