Finale du Mondial 2030 : pourquoi le New York Times voit le Maroc devancer l’Espagne

Le New York Times a publié vendredi 24 juillet une enquête approfondie sur l’attribution de la finale du Mondial 2030, prévue le 21 juillet à l’un des stades des trois pays organisateurs — Maroc, Espagne, Portugal. Le sujet revient sur le devant de la scène quelques jours seulement après le sacre espagnol face à l’Argentine lors de la finale du Mondial 2026.

Casablanca en position de force

Le journal américain écarte d’emblée le Camp Nou, actuellement en chantier, et identifie le Santiago-Bernabéu comme le choix naturel de la fédération espagnole (RFEF). Des sources internes avancent plusieurs arguments en faveur de Madrid : le poids de l’Espagne parmi les trois pays hôtes, son expérience dans l’organisation de grands événements, son statut de meilleure équipe du trio, et l’attrait de sponsors pour un stade mythique situé dans une capitale très touristique.

Mais une source espagnole reconnaît que le rapport de force a nettement basculé ces derniers mois, jugeant improbable aujourd’hui ce qui semblait acquis il y a un an et demi, tant le Maroc a avancé sur ce dossier.

Le futur Grand Stade Hassan II, doté de 115 000 places pour un coût proche du milliard d’euros, a été lancé avant même l’officialisation du Maroc comme pays co-organisateur. Yassir Soussi, patron de l’Agence nationale des équipements publics, y voit un avantage décisif : contrairement au Bernabéu, enclavé en pleine ville, le nouveau stade marocain pourra être entièrement façonné selon les exigences de la FIFA.

Le journal souligne aussi l’influence de Fouzi Lekjaa, président de la fédération marocaine, décrit comme l’un des dirigeants les plus puissants du football mondial et proche allié de Gianni Infantino, qui a inauguré à Rabat en 2025 un bureau africain de la FIFA comparable à celui de Miami. Des proches des organisateurs marocains plaident également pour un principe d’équité entre confédérations, l’Afrique n’ayant accueilli qu’une seule finale mondiale, en 2010.

Une Espagne en délicatesse

Le NYT pointe aussi des difficultés institutionnelles côté espagnol : le président de la RFEF, Rafael Louzán, en poste depuis fin 2024, n’aurait pas encore le même réseau international que son homologue marocain. La crainte de perdre la finale aurait d’ailleurs été palpable lors de l’assemblée annuelle de la fédération, fin juin à Madrid.

Face aux rumeurs, la ministre espagnole des Sports, Milagros Tolón, avait démenti début juillet toute décision officielle, assurant que le gouvernement œuvrait pour que la finale reste en Espagne. Louzán avait lui aussi défendu la candidature espagnole, mettant en avant la capacité du pays à organiser de grands événements, citant la venue du pape Léon XIV au Bernabéu début juin.

Autre coup dur pour Madrid selon le quotidien américain : les propos de Javier Tebas, patron de LaLiga, qui a accusé la FIFA de « détruire le football » et réclamé le départ d’Infantino — une sortie qui aurait fragilisé les chances espagnoles. Le journal met en parallèle les bonnes relations entre Rabat et la FIFA et les rapports plus tendus entre le gouvernement socialiste espagnol et Louzán, issu du principal parti d’opposition.

Reste un atout pour Madrid : les liens entre Infantino et le président du Real Madrid Florentino Pérez, jugé favorable au Bernabéu, notamment via leur opposition commune au patron de l’UEFA Aleksander Čeferin. Pérez a soutenu la nouvelle Coupe du monde des clubs voulue par Infantino, et a reçu en retour l’appui de la FIFA lors de sa réélection cet été.

Le facteur Trump

Le journal évoque enfin une possible influence de Donald Trump, qui aurait fait pression, selon la radio espagnole Cope, pour que la finale revienne au Maroc, jugé partenaire stratégique plus intéressant pour Washington. Le NYT relève l’ambiance cordiale entre Trump et le premier ministre espagnol Pedro Sánchez lors de la finale 2026 au MetLife Stadium. Mais l’influence du président américain sur ce dossier pourrait s’estomper, un nouveau président devant être en poste à la Maison Blanche dans quatre ans.

Selon le quotidien, aucune décision définitive n’est attendue avant le prochain Congrès de la FIFA, prévu en mars à Rabat — où Gianni Infantino devrait être réélu sans opposition pour un quatrième mandat, porté par le soutien des confédérations africaine et sud-américaine.

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