Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a officiellement enterré son projet de FIFA Forward Enterprise (FFE), au terme d’une semaine de tensions inédites entre le patron du football mondial et plusieurs de ses principales confédérations.
Un projet de privatisation partielle des compétitions FIFA
Le FFE devait regrouper l’ensemble des activités commerciales de la FIFA — droits de diffusion, sponsoring, licences, billetterie et hospitalité — au sein d’une filiale contrôlée à hauteur d’au moins 80% par la FIFA elle-même, mais ouverte à des investisseurs extérieurs pour une part pouvant atteindre 20% du capital. Une première dans l’histoire de l’institution. Selon la FIFA, cette manœuvre devait permettre de dégager jusqu’à 4,9 milliards d’euros de valeur commerciale nouvelle, une partie de cette manne étant redistribuée aux associations membres.
D’après plusieurs médias, le montant total visé par l’opération pouvait même grimper à 20 milliards de dollars, avec des discussions engagées avec des investisseurs privés potentiels, dont le fonds Thrive Capital de Josh Kushner, tandis que JP Morgan accompagnait la FIFA comme partenaire stratégique sur ce dossier.
Une fronde inédite des confédérations
Le projet a provoqué une levée de boucliers rare dans le monde du football. L’UEFA a été la plus virulente : ses 55 associations membres ont voté à l’unanimité en faveur d’un boycott des compétitions FIFA en cas de mise en œuvre du plan. La Concacaf a suivi en réunissant en urgence les présidents de ses 41 associations membres pour discuter de la proposition, tandis que la Confédération asiatique de football a exprimé sa profonde préoccupation, se disant solidaire de l’UEFA et de la Concacaf face à l’introduction de capitaux privés dans les compétitions phares de la FIFA.
La fronde a également touché l’intérieur même de l’institution. Le directeur des opérations de la FIFA, Kevin Lamour, a publiquement pris ses distances avec le projet, le qualifiant de « projet d’un seul homme », avant qu’un conseiller senior d’Infantino ne démissionne en signe de protestation.
Face à la polémique, la FIFA avait tenté de défendre son projet, assurant que le FFE visait uniquement à permettre à toutes les associations membres d’avoir l’opportunité de tirer une véritable part de l’opportunité commerciale du football dans leurs pays respectifs, et martelant que personne ne vend le football. L’institution avait également mis en cause des informations erronées relayées dans la presse pour expliquer l’ampleur de la contestation.
Infantino change de cap
Dans sa déclaration officielle, Gianni Infantino reconnaît que le projet, censé n’avancer qu’avec l’accord d’une majorité des associations membres et après consultation du Conseil de la FIFA, des confédérations et des autres parties prenantes, a fini par créer des divisions incompatibles avec son objectif initial. Il affirme avoir voulu, à travers ce projet, renforcer les associations membres les plus fragiles à travers le monde, mais annonce que cette proposition ne sera pas retenue.
Le président de la FIFA dit désormais vouloir réunir l’ensemble des parties prenantes dans les jours et les semaines à venir, dans un esprit de dialogue, pour poursuivre le développement du football mondial, en particulier dans les pays qui en ont le plus besoin.
Ce recul intervient alors que la FIFA travaille en parallèle sur un autre dossier sensible : une éventuelle extension de la Coupe du monde à 64 équipes, sujet de consultation dont une décision est attendue d’ici la mi-août.

