Passage à 20 clubs en Botola Pro : ce que disent vraiment les textes

Alors que la LNFP doit se réunir ce lundi pour évoquer un possible élargissement de la Botola Pro, une question de fond mérite d’être posée avant même celle de la pertinence sportive de cette réforme : quelle instance détient réellement le pouvoir de faire passer le championnat de 16 à 20 clubs ? Une lecture croisée des statuts de la FRMF, de ceux de la LNFP et du règlement des compétitions permet d’y voir plus clair.

Ce que dit le règlement actuel

En l’état actuel des textes, la Botola Pro D1 est plafonnée à 16 clubs, un nombre fixé par le règlement des compétitions de la Fédération royale marocaine de football. La même règle s’applique à la D2. Modifier ce format suppose donc, a minima, de revoir ce règlement — une prérogative qui relève du Comité Directeur de la FRMF, chargé notamment d’édicter les règlements généraux de la Fédération.

À première vue, ce dernier dispose donc bien du pouvoir de modifier le nombre de clubs prévu dans le règlement. Une décision de la seule LNFP ne suffirait pas à elle seule à changer une règle fédérale : la Ligue, bien qu’en charge de l’organisation des championnats professionnels, reste soumise à l’autorité de la FRMF.

Le verrou des statuts

Le dossier se complique toutefois lorsqu’on regarde du côté des statuts mêmes de la Fédération. Le chiffre de 16 n’apparaît pas uniquement dans le règlement des compétitions : il figure également dans les statuts, à propos de la représentation des clubs professionnels au sein de l’Assemblée Générale de la FRMF. Un passage à 20 clubs soulèverait donc immédiatement une question de conformité statutaire.

Or, contrairement à un simple règlement, les statuts de la FRMF ne peuvent pas être modifiés par le seul Comité Directeur. Cette compétence appartient exclusivement à l’Assemblée Générale, qui doit se prononcer à la majorité des deux tiers des suffrages exprimés, avant que les nouveaux statuts n’entrent en vigueur, sous réserve d’une ratification par les instances de la FIFA.

Deux niveaux de décision à ne pas confondre

La répartition des compétences apparaît ainsi assez clairement : la LNFP peut être à l’origine d’un projet de réforme et le défendre publiquement, mais elle n’a pas le pouvoir de le décider seule. Le Comité Directeur de la FRMF peut modifier le règlement des compétitions. Mais si la réforme implique, comme cela semble être le cas ici, une modification des statuts fédéraux, alors l’Assemblée Générale devient l’instance incontournable pour valider le changement.

Une priorité qui interroge

Au-delà des aspects procéduraux, c’est aussi le choix de cette priorité qui interpelle certains observateurs. Lors d’une précédente réunion du Comité Directeur, le président de la FRMF Fouzi Lekjaa avait fixé une feuille de route aux ligues nationales, axée sur l’autonomie, la gouvernance, le marketing, l’organisation des compétitions et la formation des jeunes talents — sans qu’il n’y soit question, à aucun moment, d’un élargissement du nombre de clubs.

Reste à savoir si l’agrandissement de l’élite est réellement la priorité du moment pour le football professionnel marocain, ou si l’urgence resterait plutôt de mieux organiser et mieux valoriser un championnat qui compte aujourd’hui 16 clubs.

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