Regragui se livre sans filtre : CAN 2025, Ziyech, Lamine Yamal… ses vérités

Cinq mois après avoir quitté le banc des Lions de l’Atlas, qu’il a conduits jusqu’en demi-finale du Mondial 2022 au Qatar puis à une CAN 2025 remportée à domicile, Walid Regragui s’est livré dans un entretien fleuve accordé à la chaîne qatarie Atheer. Origines, attachement au Maroc, philosophie de vie, débuts de carrière, pression du métier de sélectionneur… l’ancien coach national passe en revue l’ensemble de son parcours, tout en s’attardant sur les dossiers les plus sensibles de son mandat.

« Nous avons fait un match moyen, et la pression a commencé »— sur la CAN 2023

Interrogé d’abord sur la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, disputée huit mois après l’exploit du Mondial 2022, Regragui ne la considère pas comme une réussite. Pour lui, tout s’est joué dès le premier match, perdu face au futur champion d’Afrique, sur ses terres : « Nous avions fait un match moyen face au futur champion d’Afrique, chez lui. Et la pression a commencé. »

Il révèle avoir envisagé de partir dès l’élimination du Maroc : « J’avais déjà posé la démission après l’élimination, car je n’avais pas les demi-finales comme je le souhaitais. » C’est le président de la FRMF, Fouzi Lekjaa, qui l’en a dissuadé : « Il m’a dit : « Tu n’as pas terminé ton travail. » Et je l’en remercie. Il avait raison. »

« Pour moi, j’ai gagné la CAN » — la finale 2025 disséquée

Sur la finale de la CAN 2025, perdue face au Sénégal, Regragui revendique une performance collective de très haut niveau, malgré la défaite : « On a fait une bonne compétition. Les joueurs ont tout donné. Nous étions une des meilleures équipes, voire la meilleure. On a fait des matchs au niveau, contre le Cameroun, le Nigeria, qui est pour moi une des meilleures équipes de la compétition. L’état d’esprit était là. »
Il revient longuement sur l’épisode qui a marqué la rencontre : le penalty manqué par Brahim Diaz à la 90e minute, survenu après un arrêt de jeu de 15 minutes provoqué par la décision du sélectionneur sénégalais Pape Thiaw de faire sortir ses joueurs du terrain, suite à une décision arbitrale contestée. Un geste que Regragui juge clairement anormal, et qu’il n’a pas manqué de signaler à son homologue sur le moment : « Ce n’était pas normal. Je lui ai dit à la fin du match que ce qu’il avait fait, ça ne se faisait pas dans le football. Il ne voulait pas parler, il était parti dans un délire qui n’était pas du football. Moi, je reste dans le football. »
Pour l’ancien sélectionneur, cet arrêt de jeu inhabituel a pu peser sur la suite du match : « Pour moi, tu as un penalty à la 90e minute : tu marques, tu deviens champion d’Afrique, que tu le veuilles ou non. Mais la question est : est-ce que le match s’est joué de la même manière après l’arrêt de 15 minutes, suite au naufrage des joueurs sénégalais sur le terrain ? »
Il établit un parallèle avec un autre penalty manqué à retardement, celui de Kylian Mbappé face à Yassine Bounou lors des quarts de finale du Mondial 2026 : « Mbappé, quand il a raté le penalty face à Bounou, il a demandé à l’arbitre : « J’ai eu deux minutes, j’ai commencé à trop réfléchir. » Alors, quelqu’un qui a attendu 15 minutes pour une finale de Coupe d’Afrique à la maison, avec 60 000 personnes, est-ce que ça a été bénéfique pour le Sénégal ou pour le Maroc ? »
Il pointe également une incohérence dans l’attitude sénégalaise, relevée lors du Mondial 2026 : « À la fin, le Sénégal est allé à la Coupe du monde. Ils ont eu un penalty à la fin d’un match : pourquoi ne sont-ils pas sortis ? Parce qu’il y a eu des sanctions avant qui les en ont empêchés. Et le penalty contre la Belgique était plus douteux contre eux que celui contre le Maroc lors de la CAN. »
Sur l’hypothèse d’un tir volontairement manqué par Brahim Diaz, Regragui est catégorique : « Non. Comment quelqu’un qui a une CAN dans les mains va faire exprès de la rater ? J’ai parlé à Brahim une fois après le match. Je lui ai dit : « Tu vas apprendre de ça, de cette expérience, qui va te faire grandir en tant qu’homme et joueur. » »
Cette soirée aurait d’ailleurs achevé de le convaincre de partir : « La même soirée, j’ai pensé à donner ma décision, même avant. Je suis arrivé à une force où j’aime tellement mon équipe et mon pays que je savais que je devais partir après. » Il conclut néanmoins avec fierté : « Pour moi, j’ai gagné la CAN, parce que même avec la pression et tout ce qui s’est passé, nous étions les meilleurs : la possession, l’attitude, le niveau. »

Bouaddi, Lamine Yamal, Brahim Diaz : les coulisses du travail sur les binationaux

Regragui revient également sur son important travail de prospection mené auprès des jeunes joueurs binationaux après le Mondial 2022, à travers de nombreux déplacements destinés à élargir la « base de données » du Maroc.
Sur Ayyoub Bouaddi, longtemps annoncé comme tiraillé entre la France et le Maroc, il assure que l’accord du joueur avait en réalité été acté un an avant son arrivée effective en sélection : « Il faut l’accompagner. Il n’avait que 16 ans. On s’était mis d’accord pour ne pas le freiner dans sa progression dans son club. »
Concernant Lamine Yamal, suivi par le staff marocain dès l’âge de 14 ans dans le cadre d’un travail de fond, Regragui reconnaît que le jeune prodige a finalement choisi l’Espagne, avec qui il a depuis remporté la Coupe du monde et la Coupe d’Europe : « Même si le projet était qu’il allait jouer en équipe première avec le Maroc, qu’il allait faire grandir le pays et qu’il pouvait gagner le Ballon d’Or, au final, il a choisi l’Espagne. À la fin, tu vois le résultat. C’est son choix. Mais nous avons fait le travail nécessaire pour le convaincre. »
Une démarche similaire — déplacement, échange, conviction — a été appliquée aux dossiers de Brahim Diaz, Adam Aznou, Ilias Akhomach et Neil El Aynaoui, la décision finale revenant toujours au joueur lui-même.

« Je n’ai jamais ressenti quelque chose de mal avec lui » — le cas Hakim Ziyech

Walid Regragui revient enfin sur l’un des dossiers les plus commentés de son mandat : le retour en sélection de Hakim Ziyech, à la veille du Mondial 2022, après une période d’absence de la tanière. Le coach explique avoir misé sur la sincérité pour convaincre le joueur : « Hakim, il aime son pays. Il reviendra, il reviendra. Il faut juste le convaincre, juste savoir comment faire. Si tu ne le convaincs pas avec la vérité, il ne reviendra pas. »
Il détaille l’argument employé auprès du joueur : « Je lui ai dit la vérité. Je lui ai dit : « Ce n’est pas moi qui ai besoin de toi. C’est ton pays. Tu ne vas pas jouer pour un coach, Vahid, Walid, X ou Y. Quand le Maroc t’appelle parce qu’il a besoin de toi et qu’il connaît ton talent, il sera toujours derrière toi. Tu reviens pour ton pays. » »
Regragui balaie fermement les rumeurs de tensions ou de conflits qui ont longtemps entouré Ziyech au sein du groupe national : « Avec moi, je n’ai jamais vu quelque chose de mal avec lui. Il vient à l’heure, il s’entraîne à fond, il aide les autres. » Il relativise également les critiques sur la personnalité du joueur : « Chaque personnalité peut paraître difficile à comprendre de l’un à l’autre. Hakim, je n’ai jamais vu quelque chose de difficile avec lui. Oui, c’est une star, tu dois le manager comme un grand joueur. Quand tu le respectes, il te respecte en retour. Et il respecte avant tout l’équipe nationale, avant moi, et ça, c’est ce qui compte. Tous les joueurs étaient comme lui, je peux dire la même chose des autres. »

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